Projet de recherche


Le posthumain descend-il du singe ?
Perspective de la biologie évolutionniste sur une figure littéraire

Dans ma thèse, dirigée par M. Jean-François Chassay à l'Université du Québec à Montréal (UQAM) et intitulée « Pourquoi les savants fous veulent-ils détruire le monde? Évolution d'une figure de l'éthique », j'explore, à partir de la figure littéraire du savant fou apparue dans la littérature d'imagination anglaise du XIXe siècle, les transformations subies par cette figure dans la littérature après 1945. Ces transformations sont selon moi tributaires d'un changement radical dans l'imaginaire social de l'éthique du scientifique. Après les expériences des médecins nazies et la construction de la bombe nucléaire, l'éthique du chercheur n'est plus perçue de la même façon : désormais, les scientifiques se mêlent de politique et d'économie, sans compter que l'instituion ne fait plus qu'échouer à placer des balises au travail de ses membres, elle participe, encourage, voire initie elle-même leurs pratiques déviantes. Parallèlement, le développement de la cybernétique et la découverte de l'ADN ont renouvelé l'imaginaire de la création d'êtres artificiels, ouvrant les portes du gène et de l'intelligence artificielle aux savants fous contemporains. Ainsi, leurs créations souvent hybrides questionnent l'humanité dans son identité la plus profonde, mais aussi son avenir. Par l'analyse de romans publiés entre 1948 et 2004, je mets en évidence les constances et variations dans cette figure incarnant bien souvent les tensions entre science et social qui varient selon les époques. Je me penche notamment sur Et on tuera tous les affreux (B. Vian, 1948), Cat's Cradle  (K. Vonnegut, 1963) ou Oryx and Crake (M. Atwood, 2004). Ces romans ont la caractéristique de mettre en scène un personnage de savant fou central, mais surtout une réflexion éthique sur leur pratique, alimentée par un intertexte avec trois romans du XIXe siècle : Frankenstein (M. Shelley), Dr. Jekyll and Mr. Hyde (R. L. Stevenson), The Island of Dr. Moreau (H. G. Wells).

Problématique
L'étude des savants fous littéraires depuis les deux derniers siècles montre que deux types d'expérience spécifique alimentent les peurs les plus profondes, deux expériences qui mettent en cause la survie de l'humanité telle qu'on la connaît : l'invention d'armes de destruction massive (bombe nucléaire, arme biologique, etc.) et la création d'êtres artificiels hybrides. La première a le potentiel d'éliminer l'homme et d'ainsi laisser la place au produit de la seconde, une nouvelle humanité. Ainsi, à la suite du créateur, du savant fou, il semble naturel de s'intéresser aux créatures. Or, si les monstres de Frankenstein et de Moreau demeuraient des incidents isolés, des créatures troublantes, mais sans postérités, il semble que la littérature de la seconde moitié du XXe siècle ait des ambitions plus grandes pour ses êtres artificiels : remplacer l'humanité. Le posthumain est une figure paradoxale, hybride, s'il en est. Même et Autre à la fois. Dissimulé parmi les humains auxquels il ressemble encore, le posthumain est souvent plus troublant que le pire des monstres, son existence annonçant notre fin prochaine. Et nous le contemplons, mi-fasciné, mi-terrifié. Mais, paradoxalement, la posthumanité est aussi une utopie, alimentée par ceux qui rêvent de dépasser les limites de leur propre corps et de leur esprit, et de laisser derrière une espèce qui a atteint les limites de son potentiel. Ainsi, le point de départ de ce projet de recherche postdoctorale est la figure littéraire posthumaine. Une figure qui peut revêtir une multitude de formes, pas toutes attribuables à l'intervention humaine. D'une manière plus générale, c'est au devenir humain tel que le représente la littérature d'imagination que je m'intéresserai.
La figure posthumaine en littérature est surtout contemporaine. Déjà présente en germe dans la littérature d'imagination du XIXe siècle, elle prend véritablement son sens actuel à partir de la Deuxième Guerre mondiale, moment où l'humanité prend conscience de sa finitude devant la possibilité nouvelle de son auto-anéantissement. Puisque la fin est peut-être proche, nous nous questionnons sur ce qui nous succédera. Et c'est en particulier la littérature d'anticipation des années 1960, moment où la guerre froide est à son apogée, et le cyberpunk, né dans les années 1980, qui fournissent la plus grande quantité et variété de figures posthumaines. Mais si celles-ci ne sont pas confinées à la littérature de science-fiction, il n'en demeure pas moins que ces plus grands maîtres en ont fourni des exemples spectaculaires : pensons à H. G. Wells, Isaac Asimov, Philip K. Dick, Pierre Boulle, Brian Aldiss ou Kurt Vonnegut. Et les figures sont aussi variées que les approches possibles.
Mon approche de la figure posthumaine littéraire visera à la replacer dans son historicité et dans une trame narrative. L'évolution, en tant qu'« histoire naturelle », est essentiellement un récit, où le narrateur est la science et l'histoire celle du vivant. Or, la figure posthumaine, en ce qu'elle incarne trop souvent la possibilité pour l'homme de transcender sa propre finitude, représente, à l'instar des utopies, un état figé, supposé final et abouti. La fin de l'histoire humaine. Mais la figure posthumaine est-elle nécessairement utopique, au sens d'un idéal figé? En replaçant le posthumain dans l'histoire de l'évolution, ne peut-on pas le re-historiciser? Il ne serait plus un idéal à atteindre (ou un « pire » à éviter), mais la représentation des possibles. Les branches fantasmées d'un futur arbre évolutif. Et les embranchements sont nombreux et fertiles, largement irrigués sur le plan discursif et narratif par les différentes théories de l'évolution des espèces. Celles-ci sont moins contradictoires qu'on pourrait le croire et finissent par former un « grand récit ». En bref, ma problématique s'énonce par une double question : de quelle façon le posthumain littéraire s'inscrit-il dans la logique des théories évolutionnistes et dans quelle mesure en mobilise-t-il les signes et les savoirs?

Méthodologie
Mon hypothèse est que les divers discours évolutionnistes peuvent s'intégrer aux fictions posthumaines de plusieurs façons, que nous organiserons en deux dimensions : verticale, en définissant les trois grandes branches évolutives de la figure posthumaine, et horizontale, en fournissant différentes théories qui permettent d'éclairer ces trois branches. Les trois branches possibles (et possiblement concurrentes) que j'ai identifiées sont : l'évolution naturelle, par mutations, sélection naturelle et extinctions massives; l'évolution dirigée, grâce aux manipulations génétiques; et l'évolution technologique, via les prothèses, la cybernétique, la pharmaceutique, etc. Il arrive à l'occasion que des personnages issus de plus d'une de ces branches cohabitent dans un même univers fictionnel (les trois dans Brave New World), mais c'est rarement le cas, chaque auteur choisissant généralement une possibilité comme base à son utopie. Voyons rapidement comment pourraient se déployer ces branches.
L'évolution naturelle. Dans le cas des posthumains, il s'agit le plus souvent de mutants. Mais on peut aussi penser aux fictions qui présentent la fin de l'humanité (causée par une catastrophe, naturelle ou non) qui libère la niche écologique occupée par l'homme et permet à autre chose d'émerger (toute la tradition de la fiction postapocalyptique exploite cette idée). On pourrait également penser à un changement radical ou progressif de l'environnement qui impliquerait l'enclenchement d'un processus d'adaptation pour la survie et donc un changement biologique de l'homme; ou encore l'arrivée d'une autre espèce compétitrice dans la niche écologique humaine, ce compétiteur pourrait être d'origine endogène (les singes dans La planète des singes) ou exogène (l'arrivée d'une espèce extraterrestre) et mener à un changement chez l'humain, que celui-ci gagne ou perde la lutte. Le roman Galapagos (Vonnegut, 1985) présente également un bon exemple de ce type de posthumain.
L'évolution dirigée. À partir de la génétique (OGM/HGM) et de l'eugénisme (sélection d'embryons), il s'agit de la situation où l'homme prend en charge sa propre évolution, mais en respectant le fondement biologique du processus. Ici, c'est surtout la temporalité de l'évolution qui est bouleversée, mais pas son matériau de base : le gène est encore au centre des changements. Mais si on parle d'eugénisme, il faut voir ici ce mot de manière polysémique. Il peut être de nature raciste ou hygiéniste, comme au XIXe siècle (Galton, Spencer et autres) et dans son incarnation ultime, le Programme Aktion T4 des nazis, mais aussi un simple projet utopique d'amélioration de l'espèce tel qu'il apparaît dans nombre de romans de science-fiction, et dans la réalité. Par exemple, les diagnostics prénataux (DPN) ou préimplantatoires (DPI) sont courants aujourd'hui et mènent parfois à des interruptions de grossesse. Or, il s'agit bel et bien là d'eugénisme : on choisit de ne pas mettre au monde un enfant atteint de maladie génétique grave, peu importe si la motivation est altruiste (envers l'enfant à naître ou envers la société qui l'aura à sa charge) ou égoïste (la volonté de ne pas être pris avec un enfant malade ou handicapé). Margaret Atwood avec son roman Oryx and Crake (2004) fournit un excellent exemple de ce type d'évolution posthumaine.
L'évolution technologique. Plusieurs penseurs croient que l'humain, depuis qu'il fabrique des outils, depuis qu'il est Homo faber, n'évolue plus en suivant la logique de la sélection naturelle. L'homme aurait depuis longtemps extériorisé les moyens de son évolution. Grâce à des avantages purement biologiques (la taille de son cerveau, sa bipédie, son pouce opposable), l'homme en est venu à s'adapter et à se transformer grâce à des moyens artificiels : outils, prothèses, implants, produits pharmaceutiques divers, etc. Bernard Stiegler parle d'épiphylogénèse (1998) et Michel Serres d'exodarwinisme (2001). Selon ce dernier, « [i]l fallut des millions d'années pour qu'aux oiseaux poussent ailes et plumes; en quelques mois, nous construisons un aéronef. […] [Il] appelle exodarwinisme ce mouvement original des organes vers des objets qui externalisent les moyens d'adaptation. Ainsi, sortis de l'évolution dès les premiers outils, nous entrâmes dans un temps nouveau, exodarwinien. » (2001) Dans les cas les plus spectaculaires mis en scène par la fiction d'anticipation, l'évolution technologique peut même mener à l'abandon total du corps biologique pour une forme de vie virtuelle ou purement mécanique. La figure typique de cette branche est bien sûr le cyborg et de très nombreux romans y ont recours.
Dans le cas de cette dernière branche, de nombreux théoriciens ont recours à la nomenclature binominale instaurée par Linné pour les désigner, replaçant ceux-ci dans le paradigme de l'histoire naturelle (mais pas spécifiquement de l'évolution, Linné étant un farouche fixiste). Ainsi, après Homo œconomicus (V. Pareto, 1906), Homo faber (H. Bergson, 1907) ou Homo ludens (J. Huizinga, 1938), apparaissent Robo sapiens (P. Menzel et F. D'Aluisio, 2001) et Soma sapiens (A. Robitaille, 2007), espèces posthumaines issues respectivement de la cybernétique et de la pharmaceutique. Ce n'est pas un hasard si on utilise d'abord le substantif latin « Homo » qui désigne le genre en lui accolant un qualificatif (nom de l'espèce) pour catégoriser et théoriser l'Homme moderne dans ces différentes occurrences et composantes. Mais l'abandon du Homo au profit du sapiens pour décrire la posthumanité est encore plus révélateur. Hommes et primates, peut-être ne le serons-nous plus, mais rationnels ou savants, on voudrait bien le demeurer. Ce type de réflexion sémiotique pourra alimenter nos analyses des œuvres mettant en scène cette dernière branche évolutive posthumaine.
Mais laissons les branches évolutives et abordons brièvement la dimension horizontale de notre approche : les différentes théories évolutionnistes. Celles-ci étant innombrables, il s'agira d'en choisir un nombre restreint parmi celles qui offrent le plus grand potentiel narratif et qui ont eu la plus grande influence sur l'imaginaire social et littéraire, mais en aucun cas à partir d'un jugement sur leur valeur cognitive (ce qui ne signifie pas qu'un tel jugement sera exclu de mon travail, seulement qu'il n'influence pas le choix des théories abordées). J'aurai donc recours à quatre grandes tendances théoriques parmi les évolutionnistes d'hier ou d'aujourd'hui : 1) la théorie transformiste ou théorie de la transmission des caractères acquis (Lamarck, 1809), théorie plus ou moins abandonnée par la grande majorité des scientifiques, mais qui peut trouver certaines résonnances lorsqu'il est question d'évolution artificielle; 2) le darwinisme et la théorie synthétique de l'évolution (Darwin, 1859 et 1871; Fisher, 1930; J. Huxley, 1942; Dawkins, 1989 et 2010) qui considèrent l'évolution comme graduelle, une suite constante de petits changements, une microévolution; 3) le saltannionnisme ou Hopeful Monster hypothesis (Goldschmidt, 1940; Gould, 2002) qui propose plutôt une évolution par bonds, par catastrophes, une macroévolution; et 4) la théorie (ou hypothèse) Gaïa (Lovelock, 1990) qui propose de considérer la terre comme un organisme vivant unique.
C'est donc à partir de cette base épistémique et discursive que ma réflexion sur le posthumain s'articulera. D'abord, en tentant d'établir le centre et les périphéries de cette figure posthumaine par l'étude des textes théoriques et d'un large corpus de fiction. Ensuite, il s'agira de procéder à l'analyse textuelle d'œuvres particulièrement pertinentes, en utilisant les outils méthodologiques de l'épistémocritique, de la sémiotique et de la sociocritique. Lorsque les textes le permettent ou le demandent, il pourra à l'occasion être pertinent de procéder à des analyses comparées.
Le corpus d'analyse sera d'abord constitué d'une vingtaine d'œuvres de fiction (romans et recueils de nouvelles) écrites au XXe siècle, en Angleterre (7), en France (4), aux États-Unis (7) et au Canada (2). Puisqu'il s'agira de mettre l'accent sur la littérature contemporaine, parmi les œuvres choisies, trois sont parues avant 1950, sept entre 1950 et 1990 et dix entre 1990 et 2010. Elles font toutes parties de la littérature d'imagination et appartiennent pour la plupart au genre de la science-fiction (pris au sens large), mais il ne s'agira pas de problématiser cette appartenance générique, ce qui pourrait s'avérer inutilement restrictif. Évidemment, ce large corpus servira surtout dans la phase exploratoire et définitionnelle du projet de recherche. Une deuxième phase consistera à sélectionner les œuvres les plus pertinentes afin d'en faire une analyse plus profonde et de dégager des conclusions plus précises.

État de la question
L'étude des posthumains littéraires constitue actuellement un champ de recherche extrêmement vivant. Depuis 2006, au moins trois thèses ont été publiées sur le sujet (Granger Remy, 2006; Shaddox, 2008; Burt, 2009), et plusieurs sont en cours, sans compter les nombreux articles et livres qui abordent la question du posthumain, mais assez rarement d'un point de vue littéraire. Pour ceux qui s'y intéressent néanmoins, les approches sont multiples (études féministes (Harraway, 1990; Hayles, 1997), philosophique (Wolfe, 2010), sociologique (Galvan, 1997; Robertson, 2007), psychanalytique, etc.), mais très peu se penchent sur la question du discours scientifique que portent ces fictions, et encore moins celui de l'évolutionnisme. C'est pourtant bel et bien de cela dont il est question : le devenir humain en tant qu'espèce n'est-il pas indissociable de son passé?

Corpus
Afin d'illustrer plus clairement mon approche, voyons comment mon analyse pourra s'orienter dans trois des œuvres importantes.
Dans The Time Machine (1895), le texte le plus ancien de mon corpus, Herbert Georges Wells propose une vision de l'avenir de l'humanité particulièrement intéressante en ce qu'elle met en fiction un discours dominant dans les dernières décennies du XIXe siècle : un amalgame entre lutte des classes et évolution biologique souvent appelé abusivement « darwinisme social ». Ainsi, Wells projette son voyageur temporel 800 000 ans dans le futur où il est témoin d'un monde où les prolétaires se sont transformés en Morlocks, une espèce prédatrice, endogée, et d'une grande intelligence technologique, et où les bourgeois se sont plutôt transformés en Elois, des êtres arboricoles, fragiles et candides, mais à l'intelligence et à la culture extrêmement limitées. Cette idée que riches et pauvres formeraient deux espèces distinctes étaient dans l'air du temps, mais Huxley montre bien qu'une évolution qui suivrait cette logique pourrait ne pas donner l'avantage à ceux qu'on imagine. Wells critique donc l'eugénisme de classe qui circule depuis Galton et Spencer. De manière un peu plus anectodique, mais non moins spectaculaire, le voyageur temporel de Wells se rend encore plus loin dans le temps et tue par accident un petit animal étrange qu'il identifie ensuite comme le dernier descendant de l'humanité. Ici, la représentation de la posthumanité aboutit à sa conclusion logique ultime : peu importe les chemins qu'il prendra, l'Homme et tous ses avatars disparaîtront un jour. Il faudra attendre plusieurs décennies pour que les auteurs de fiction introduisent l'idée de l'immortalité dans le paradigme posthumain.
Dans Brave New World (1932) d'Aldous Huxley, la place des théories de l'évolution dans la représentation du posthumain apparaît à de multiple niveaux. Huxley entretient un lien privilégié avec le darwinisme : son grand-père fut surnommé le « bouledogue de Darwin » et son frère (Julian) a introduit l'expression « théorie synthétique de l'évolution », qui a fait école. Dans le roman, il est question d'évolution naturelle (les « Sauvages » qui habitent des réserves), d'évolution dirigée (la reproduction est régulée par un systême complexe de sélection des embryons selon leurs qualités qui détermine la future place de l'individu dans l'organisation sociale) et d'évolution technologique (l'utilisation de drogues, en particulier le soma, pour réguler les humeurs et les pulsions). Il s'agit donc d'une œuvre exceptionnelle de ce point de vue, puisqu'elle condensent les différentes possibilités évolutives de l'être humain, et montre bien qu'elles ne sont pas contradictoires et pourraient bien toutes advenir.
Dans son roman Foundation and Earth (1986), Isaac Asimov nous présente Golan Trevize, un homme de la Première Fondation au sens de l'intuition sur-développé qui se voit confié la mission de choisir le meilleur avenir pour l'humanité. Ses choix sont limités : le chaos et la liberté de la société technologique issue de la Première fondation, la froideur rationnelle et manipulatrice des mentalistes de la Seconde fondation ou l'harmonie collective et sans individualités de Gaïa, un super-organisme planétaire qui engloberait à terme toute l'humanité (Galaxia). On lui demande de choisir par instinct, sans connaître l'avenir ou véritablement comprendre tout ce qui est en jeu, un peu comme l'humanité d'aujourd'hui. Et le réflexe de Trevize est le bon : si l'avenir ne peut être connu, le passé contient sans doute certaines réponses. Il part donc en quête de la mythique Terre, lieu d'origine de l'humanité, dont la trace a été perdu depuis plus de 20 000 ans. Son voyage prend la forme d'une remontée dans le temps : il suit la trace de la Terre dans les archives et les artéfacts de colonies toujours plus anciennes, toujours plus près du lieu d'origine. Mais ce lieu n'a plus rien d'édenique depuis longtemps. Désert inabitable, la Terre fut irrémédiablement contaminé par la crise d'adolescence de l'humanité : une guerre nucléaire totale qui força l'espèce à l'exil. La vraie solution au problème de Trevize qui consiste à fonder son choix, il la trouve plutôt sur la Lune, où vit le robot Daneel Olivaw. Ce dernier ne lui fournit aucune réponse, mais lui explique le fondement de la question et la raison qui fait que seule son intuition peut y répondre. Ce roman est particulièrement intéressant dans notre perspective parce qu'il pose la question de la posthumanité comme une série de possibles et non comme un aboutissement inévitable. Des possibles qui s'énoncent par un recours à l'historicité de l'évolution humaine. Et le choix ultime se fonde sur une théorie évolutionniste intéressante par sa marginalité et son potentiel narratif : l'hypothèse Gaïa.

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